07/01/2013

Se suffire, pendant très longtemps ? Pas facile...

 

    Se suffire, pendant très longtemps ? Pas facile...


Voici quelques pistes, que je soumets à votre appréciation, sur un équipement "autarcique" de base, assorti de quelques remarques et suggestions que j'espère utiles.

Le tout est exprimé, dans une logique des moyens réguliers et habituels d'approvisionnement en matériels usuels comme en denrées diverses.



Les stocks alimentaires :


Les conserves métalliques (et en verre) ont une durée de vie d'environ cinq années (en terme de conservation des vitamines), ce qui permettrait, en cas de grands espaces de stockage disponibles, de pouvoir tenir sur autant de temps. Remarquons qu'avoir un stock d'une année d'avance est le minimum nécessaire pour faire la "jointure" avec les premières productions personnelles (légumes et fruit), si l'on ne dispose pas d'un verger et d'un potager déjà en production régulière. De plus, ces conserves peuvent permettre de passer une mauvaise période (année de sécheresse, destruction par les intempéries...).

Les principaux moyens simples de conserver la nourriture, en plus de la stérilisation, sont ceux qui font appel : au sel, au sucre (ou au miel, au vinaigre, à l'alcool, à l'huile. Ce qui implique d'en faire ample provision.

Des techniques particulières permettent de faire des pains de longue durée de conservation (sans conservateurs chimiques), qui sont en fait plutôt des biscuits, au plein sens du terme : bis-cuits = cuits deux fois

Ne sont indispensables que les produits dits de base :

Farine complète (et les pâtes éventuellement, pour leur bonne tenue en stockage, et la facilité comme la rapidité de préparation).

Céréales entières et graines autres (riz, sarrasin, blé, épeautre, seigle, avoine, orge...), pommes de terre, choucroute (la vraie, fabriquée selon la technique traditionnelle, et qui est une source utile de vitamine C, manquante dans les conserves stérilisées), légumes et fruits supportant le stockage en cellier (curcubitacées diverses, pommes et poires, raisin en grappes, tous les fruits secs et assimilés tels que noix, amandes, châtaignes, etc.)

Légumineuses (poids chiches, haricots de toutes sortes, fèves, lentilles, petits poids...).

Sucre ou miel, plus les confitures.

Matières grasses : huiles végétales...



Le cheptel :


La vache, à laquelle on pense tout de suite, est pourtant de peu d'intérêt, sauf si l'on est un groupe important. En considérant qu'elle produit une bonne dizaine de litres de lait par jour, que faire d'un tel flot ? Même en fabriquant des fromages, des yaourts, etc., l'on est vite débordé...

La chèvre est moins productive, et son lait est plus digestible que celui de vache, tout en donnant des fromages de très bonne conservation (surtout immergés dans de l'huile). De plus, cet animal est une tondeuse sur patte, ce qui est utile, à condition de la surveiller car tout y passe (légumes du potager, fruits à sa portée...).

Le lait d'ânesse ou de jument est excellent, et c'est le plus facilement assimilé par l'organisme humain (sans les inconvénients du lait de vache, pour certaines personnes).

En matière de ressources de chair animale, le porc est le plus rentable, si l'on raisonne en terme de conversion de la nourriture qu'on lui donne, suivi par la volaille.

En ce qui concerne cette dernière, c'est la production des œufs (plus que la consommation de l'animal) qui est la plus rentable, par rapport aux aliments à lui fournir. Si l'on met de côté la présence importante de cholestérol (1 g par œuf), l'œuf est une source de protéines animales très complète et bien équilibrée, qui peut s'incorporer à plein de plats. Les œufs ont aussi l'avantage de se conserver quelques jours, à l'air libre.

Il ne faut pas oublier les poissons qui, dans un étang d'élevage où en pleine nature, grandissent tout seuls et sont une excellente source de protéines (très peu grasses).

Et les autres petits animaux d'élevage (lapins, pigeons...) ? Ils peuvent constituer des sources complémentaires, mais leur consommation exclusive peut occasionner certaines carences.

Quant au gibier, il est plus une source de secours ou de loisir, qu'un moyen régulier et sûr de se nourrir, du fait de sa raréfaction et de l'incertitude sur sa capture, quand on en a besoin.

Pouvoir remplacer une partie de ses besoins de protéines animales par des protéines végétales permet d'améliorer ses stocks et de les prolonger.

En effet, pour avoir 1 gramme de protéines animales, il faut dépenser 10 grammes de protéines végétales (calcul très approximatif, variable avec l'animal concerné, etc.). Si l'animal se nourrit dans la nature (poules avec les vers de terre, etc.) cela n'a pas de conséquences, mais si l'on puise dans ses réserves de pommes de terres ou de grains pour nourrir un animal (par exemple un veau), l'on sacrifie alors des protéines végétales pour obtenir des protéines animales, avec un rendement moyen de 10 %...

Sans aller jusqu'au végétarisme, et encore moins jusqu'au végétalisme, rester raisonnable sur la consommation de protéines animales est un bon moyen de faire durer ses capacités d'auto-alimentation en toute indépendance.



Du côté de la cuisine :


Nécessaire de stérilisation complet (pots en verre, joints en caoutchouc, stérilisateur avec thermomètre).

Marmites à pression (cuisson accélérée avec moins de combustible, et stérilisation à plus de 100°).

Outillage manuel de cuisine (presse purée, hachoir à main, râpes diverses, coutellerie...).

Pots en verre de conservation des produits de base (pour y mettre riz, pâtes, farine, etc. ; en se rappelant que diviser et fractionner ses stocks est un bon moyen de les protéger des charançons, etc.).

Vinaigrier (pour faire du vinaigre, en continu, à partir des fonds de vins).

Alambic (production d'alcool à usage de conservation, de désinfection, etc.).



Du côté de l'atelier :


Tout l'outillage à main classique (clés de toutes sortes, pinces diverses, scies et lames, etc.)

Chignoles et drilles de tailles variées, avec leurs mèches et leurs forets, plus un kit de réaffûtage.

Des instruments de soudure : lampes et fers (à gaz, à alcool, à essence), plus leurs homologues électriques (si l'on dispose d'une source fiable et suffisante de courant).

Une petite forge et ses instruments (enclume, pinces...).

Des instruments de mesure et de traçage : niveau à bulle, niveau à eau, fil à plomb, équerre, bleu de marquage, petit contrôleur universel (si possible passif, c'est à dire pouvant fonctionner sans pile)...

Un vaste stock de visserie, clouterie, etc.

Et quelques produits utiles : pétrole, alcool à brûler, essence de thérébentine, ammoniaque, etc.

Sans oublier les consommables : plâtre, ciment, peintures et vernis, briques, verres à vitres...

De quoi recourir à la "biomasse" locale, si nécessaire : filets et cannes à pêches, pièges et collets...

Je ne fais pas plus long sur ce domaine, qui doit être bien maîtrisé par la plupart d'entre nous, et qui est d'ailleurs le premier (après la nourriture) auquel on pense, quand on raisonne "autarcie".



Dans le garage :


Si l'on dispose d'un moyen de traction animale, les véhicules correspondants (traîneau d'hiver, carriole...).

Pour nous : raquettes à neige, skis, et pulka (traîneau que l'on tire) ; vélos VTC ou VTT et une remorque attelable (pour multiplier la capacité d'emport).

Si l'on est près de voies d'eau, ou de la mer : canoë ou kayak, petites embarcations à voile et à avirons (pagaies...).

Pour progresser en zone accidentée : harnais, cordages, et "quincaillerie" (mousquetons, pitons...).




Du côté du jardin :


Tout ce qui peut être utile, en matière d'outillage à main, en considérant qu'il y aura de l'usure et de la casse, au fil du temps.

Des filets et autres moyens passifs de protection seront bien plus efficaces que des épouvantails, pour vos semis et vos arbres fruitiers...

Une serre sera bien pratique (montée des semis, à l'abri, etc.).

Une mini-charrue (retournant la terre sur environ 20 cm) pourrait être envisagée, pour de grandes surfaces (plus de 100 mètres carrés), et si l'on dispose d'un moyen de traction animal (une simple mule) ou humain (deux personnes), ce qui permet de travailler plus vite et surtout avec une moindre fatigue cumulée.

Un puits et tout autre moyen de disposer d'une source d'eau correcte (sinon parfaite).




Du côté du salon :


Une machine à coudre mécanique, dont l'exemple typique est le modèle de chez Singer, avec son meuble, son pédalier oscillant, etc. Ce type d'engin seul vous permet de coudre vite et bien, pour réparer, adapteur, créer, tout l'habillement et tout le linge dont l'on a besoin.

Une variante africaine de cette machine existe, où le pédalier est remplacé par une manivelle à main, ce qui rend la machine très transportable.

Le point droit, classique, est le plus utile, et généralement suffisant. Les autres points (zigzag, etc.), peuvent aussi servir, sans être indispensables.

La dimension de la "récupération", en ce domaine, ne doit pas être négligée. Par exemple, dans une serviette de bain fatiguée par endroit, on peut tailler des gants de toilette ; un pantalon plus qu'usé aux genoux fera encore un short...

Bien entendu, il y a aussi le volet "préventif", et tous les vêtements pouvant être renforcés doivent l'être : olives de renforts aux coudes (vestes et tricots) et aux genoux (pantalons, bleus de travail...).

Stocker au mètre certains types de tissus sera bienvenu : laine polaire, toile à vêtements de travail, bâches synthétiques pour faire des sacs... Sans parler des boutons, des fermetures à glissière, des œillets, des rivets...



Moins connue (ou plus oubliée) que la machine à coudre mécanique, il y a la machine à tricoter mécanique, qui demande un minimum d'entraînement pour apprendre à bien s'en servir, mais qui permet de fabriquer des tricots et autres vêtements chauds, à partir de pelotes de laine ou d'autres matières... Que l'on aura stockées au préalable (en synthétique, moins de risque de mitage...).



A cela, il convient d'ajouter des aiguilles à coudre de toutes tailles, y compris de très grosses, que l'on trouvera alors dans les boutiques de bricolage, et aussi les magasins d'articles de nautisme (rayon voilerie).

Des magasins de nautisme où l'on vend également une sorte d'alêne emmanchée qui donne la possibilité de "coudre" à la main de très grosses bâches ou même des feuillets de cuir (et autre matière assimilable).

Pour travailler sur de gros tissus ou du cuir, une paumelle est indispensable (toujours dans les magasins de nautisme, aussi appelés shipchandlers).

Dans tous les cas, ajouter des ciseaux, et surtout des stocks de fils à coudre, de différents diamètres et constitution (du coton ou du synthétique, suivant les circonstances). En se rappelant que les couleurs de bases, ou les fils transparents, sont les plus passe-partout, et que l'on doit préférer les bobines de grandes tailles (comme celles des machines industrielles), plus économiques.



Dans la salle de bain :


Le savon dit "de Marseille" (uniquement composé d'huile d'olive et de soude caustique), est amplement suffisant pour l'hygiène corporelle et le nettoyage vestimentaire de base, à défaut de lessive à base de dérivés du pétrole.

Pour l'entretien, des produits simples comme le vinaigre blanc (d'alcool), l'alcool à brûler, le bicarbonate de soude, les cristaux de soude (lessive Saint Marc), le borax, sont bien suffisants, et très peu toxiques... De plus, les résultats sont équivalents à ceux obtenus avec les produits plus modernes.

Comment remplacer la pâte dentifrice ? Bonne question... En dépannage, il y a la poudre de bicarbonate de soude, mais elle est un peu trop abrasive, pour un usage régulier... Au Moyen Âge, les très rares gens qui s'inquiétaient de leur hygiène dentaire, utilisaient du gros sel et leur index en guise de brosse...

En matière de soins, pour la désinfection, il y a l'alcool, la teinture d'iode (si vous n'y êtes pas allergique). Faire des stocks de compresses stériles, bandages divers, médicaments de base (aspirine, etc.) est logique. Mais, les produits stériles, comme les médicaments, ont tous une durée de conservation limitée à environ cinq années, au-delà desquelles, faute de réapprovisionnement, il faudra apprendre à s'en passer...




Comme indiqué dans les paragraphes ci-dessus, la couture ne se limitera donc pas aux petits travaux, mais elle englobera aussi la voilerie et débordera sur la sellerie et a cordonnerie.

De même que la cuisine inclura la conserverie, etc.

Et que le bricolage sera tous azimuts : électricité, plomberie, maçonnerie, menuiserie, couvrage, mécanique...

Un qui sait valant mieux que dix qui cherchent, et sauf à être un praticien habituel de toutes ces disciplines, se constituer une ample bibliothèque de référence sera indispensable, mais sûrement pas suffisante, si l'on ne se donne pas la peine de s'exercer à pratiquer un minimum, à titre de loisir et d'entraînement, avant que cela ne deviennent une nécessité...



Ce texte n'est pas ce qu'il ne peut pas être : une compilation complète de tous les conseils indispensables, dans tous domaines abordés, ce qui nécessiterait au moins un gros livre, sinon plusieurs (comme ceux que l'on trouve en librairie), ou bien de regrouper tous les articles divers disséminés sur le Net.

Prenez-le plutôt comme une source initiale de réflexion éventuelle, d'échange d'avis, de trucs, etc.

Je souligne, au passage, que si l'on faisait une liste exhaustive de tout ce qu'il serait indispensable de pouvoir disposer et de stocker, en situation d'autarcie, pour arriver à vivre en totale autonomie, pendant des années, même sans viser le grand confort, mais simplement pour éviter de plus ou moins gros problèmes, afin de ne pas tomber dans la survie, l'on obtiendrait vite une somme très conséquente, même en écumant les solderies, braderies, vide greniers...

Et, ce ne serait qu'une moitié du problème, l'autre étant de trouver et d'acquérir un lieu propice (locaux d'habitation adéquats, terre cultivable, source d'approvisionnement en eau...). Bien entendu, le raisonnement est valable pour quelqu'un qui part de zéro, en ce domaine de l'autarcie...


Zapata

http://www.le-projet-olduvai.com/t1741-se-suffire-pendant-tres-longtemps-pas-facile 

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