11/12/2012

La clé de la survie : amis et voisins




Lorsque l'ouragan Katrina survint en 2005, le politologue Daniel Aldrich fut l'une des victimes. Il venait juste de s'installer à la Nouvelle Orléans.



 En août, tard dans la nuit, on frappa à la porte.
«C'était un voisin qui savait que nous n'avions aucune idée de ce qu'il se passait du côté du golfe», expliqua Aldrich, aujourd'hui politologue à l'Université Purdue dans l'Indiana.
 Il a frappé à notre porte très tard dans la nuit, vers minuit, un samedi soir, et a dit: « Ecoutez, vous avez de jeunes enfants, vous feriez mieux de partir. "
Ces coups à la porte s'avérèrent prophétiques. Ils changèrent l'orientation des recherches d'Aldrich et, à leur tour, changèrent la manière dont de nombreux experts envisagent à présent la préparation aux catastrophes.
Ce samedi soir, les autorités de la Nouvelle-Orléans, n'avaient pas encore ordonné l'évacuation, mais Aldrich fit confiance au voisin qui avait frappé à sa porte.
 Il embarqua sa famille dans une voiture et la conduisit à Houston.
«Sans cette information, nous ne serions jamais partis», a déclaré Aldrich. 
« Je pense que nous aurions été pris au piège. » 



En fait, au moment où on annonça aux gens de partir, il était trop tard et des milliers de personnes se sont retrouvées coincées... 

Traduction de l'article
 http://www.npr.org/2011/07/04/137526401/the-key-to-disaster-survival-friends-and-neighbors?ft=1&f=100

Liens sociaux et de survie : les liens de voisinage.

Suite à sa propre expérience durant Katrina, Aldrich a commencé à réfléchir sur la manière dont les voisins s'entraident lors des catastrophes.
 Il a décidé de visiter les lieux de catastrophes dans le monde, à la recherche de données.
Les résultats des recherches d'Aldrich montrent que les ambulances, les camions de pompiers et l'aide gouvernementale ne sont pas les principaux moyens par lesquels la majorité des pesonnes survive pendant - et aprés - un désastre pour s'en remettre.

 Ses données indiquent que l'aide officielle est utile - pour la potabilité de l'eau et le retour de l'électricité dans un lieu tel que la Nouvelle Orléans après Katrina, par exemple - mais les interventions gouvernementales ne ramènent pas des quartiers entiers de voisins, et cela prend beaucoup trop de temps à la plupart des secours pour parvenir sur les lieux d'une catastrophe afin de sauver des vies.
 Ce sont donc, bien plus, les liens personnels entre les membres d'une communauté qui déterminent les chances de survie lors d'une catastrophe et le retour à la normale.

Lorsque Aldrich visita des villages en Inde frappés par le tsunami de 2004, il a constaté que les villageois qui s'en sortaient le mieux après la catastrophe n'étaient pas ceux ayant le plus d'argent, ou le plus de pouvoir. 
C'étaient ceux qui connaissaient beaucoup d'autres personnes - ceux qui étaient les plus socialement connectés. 
En d'autres termes, si vous voulez prévoir qui s'en sortira bien aprés une catastrophe, vous devrez rechercher parmi les visages qui étaient présents à tous les mariages et à toutes les funérailles.
«Les personnes qui avaient été les plus impliquées dans des festivals locaux, les funérailles et les mariages, c'était ces personnes qui étaient les plus liées à leur communauté, elles savaient à qui s'adresser ; elles savaient comment trouver quelqu'un qui pourrait les aider à obtenir de l'aide», expliquait Aldrich.

L'exemple du Japon: «J'étais juste occupé à courir et à parler aux gens»

Au Japon, Aldrich découvrit que ce n'était pas les pompiers et les ambulances qui sauvaient le plus de vies après des séismes. C'était les voisins.

"A Kobe, en 1995, si vous saviez où vos voisins dormaient, car le séisme eut lieu très tôt le matin, vous saviez où creuser dans les décombres et les trouver assez rapidement lors des recherches pour pouvoir les sauver», dit-il.
En raison de ses recherches, lorsqu'un puissant séisme frappa le Japon en Mars, Aldrich était certain que les bons voisins joueraient un rôle décisif. Michinori Watanabe de la préfecture de Miyagi, à environ 100 miles de Fukushima au nord du Japon, déclara la même chose.
Le père de Watanabe est paralysé, et il a besoin d'une machine pour respirer. Lorsque le séisme les toucha et que l'électricité fut coupée, la machine n'a plus fonctionné. Watanabe a couru dehors.
 Il implorait les étrangers: «Avez-vous un générateur ? Et vous? Et vous?"
«Je courais partout et parlais aux gens, et après avoir parlé à plusieurs personnes, une personne que je venais de rencontrer - en fait, je le connaissais d'avant - m'a répondu: "j'en ai un" ; alors je lui ai dit : "S'il vous plaît amenez le", a déclaré Watanabe, 43 ans, un chauffeur de camion. "Je suis donc retourné à ma maison et ai relié l'équipement au générateur."
Le père de Watanabe a survécu, mais il s’en est fallu de peu.
 Mais pourquoi ne pas simplement appeler l'équivalent japonais du 911?
"A cette époque, toute l'électricité était en panne et les lignes téléphoniques terrestres aussi et mon portable ne fonctionnait pas, donc il n'y avait pas d'autre moyen pour moi que de sortir et courir, pour implorer les gens", avoua Watanabe.

La connaissance locale est la clé :

Non seulement aucun professionnel n'était venu pour aider Watanabe les premières minutes, mais il n'y eut aucun signe d'eux le premier jour, non plus.

Watanabe a vidé sa maison d'eau et de couvertures et a commencé à aider les voisins qui étaient sans abri et frigorifiés.
 Ils n'avaient toujours pas reçu d'aide les jours suivants.
 Et Watanabe a fait ce que tout bon voisin fait lorsque des amis ont des problèmes: il a improvisé.
«Je suis allé dans la rue et j'ai arrêté toutes les voitures venant de l'extérieur, qui avaient un numéro extérieur à la préfecture - je les ai arrêtées", a indiqué Watanabe. "Je pense que ce n'est pas la bonne façon de procéder, mais j'agissais comme si j'étais en charge alors j'apprenais qui ils étaient, ce qu'ils avaient et puis je leur demandais : "Si vous avez quelque chose, s'il vous plaît laissez-le nous. "
C'est cette passion pour une communauté locale et une connaissances granulaire de qui a besoin de quoi qui rend les interventions à grande échelle du gouvernement inefficaces, en comparaison. 
Cela s'applique même s'agissant du rétablissement à long terme.
Emily Chamlee-Wright, économiste au Beloit College, a étudié les raisons pour lesquelles certaines collectivités de la Nouvelle Orléans sont revenues à la normale plus rapidement que d'autres.
"Une des communautés prises dans le contexte post-Katrina qui s'en est la mieux sortie a été la Queen Mary d'une communauté vietnamienne située dans la Nouvelle Orléans de l'Est", a expliqué Chamlee-Wright.
 "Il est important de reconnaître que l'une des raisons pour lesquelles ils ont connus un tel succès, c'est qu'ils ont ignorés les avertissements du gouvernement qui leur disait de ne pas revenir et de ne pas commencer à reconstruire trop tôt."

«Le deuxième tsunami» :

 Les gouvernements et les grandes organisations non gouvernementales - très au point s'agissant de la situation globale - sont souvent aveugles à la dynamique de quartier.

En Asie du Sud, Aldrich a révélé que les ONG bien intentionnée pouvaient effectivement nuire aux communautés de pêche qu'ils essayaient d'aider. Elles ont vu les dégâts causés par le tsunami dans les villages de pêcheurs et ont commencé à donner de nouveaux bateaux à tous les pêcheurs.
«La pêche est une activité très sociale. Elle est organisée, pas vraiment sous forme hiérarchique, mais au sein d'un réseau», a révélé Aldrich. «Alors vous avez quelqu'un qui conduit le bateau, la personne qui dirige, vous avez deux personnes qui pêchent dans l'eau, des personne qui gèrent le filet et des personne qui vont vendre le poisson. Une fois que tout le monde a reçu son propre bateau, vous passez ainsi de cinq personnes travaillant ensemble à cinq personnes travaillant pour elles-mêmes. "
Les pêcheurs qui avaient l'habitude de travailler ensemble sont maintenant devenus des concurrents. La confiance est morte. Les disputes ont éclaté.
"Certains des notables locaux avec qui j'ai parlé ont appelés ce phénomène le "second tsunami"", a déclaré Aldrich.

Le problème n'est pas que les experts sont demeurés. C'est que les communautés ne sont pas une somme de leurs routes, leurs écoles et leur centres commerciaux. Ils sont la somme de leurs relations.
Le gouvernement japonais semble le comprendre. Là-bas le gouvernenment assure le financement de groupes de quartier pour rapprocher les communautés.
Ca n'arrivera probablement jamais en Amérique, mais Aldrich pense que chacun d'entre nous pouvons faire quelque chose de nous-même.
 Au lieu de faire des exercices en prévision de tremblements de terre ou de construire des bunkers, nous pourrions essayer de nous faire plus d'amis parmi nos collègues de travail et nos voisins.
«Nous impliquer davantage dans les événements de quartier», a conseillé Aldrich. "S'il y a près de chez nous un club de planification, une association de propriétaires - s'il y a des clubs de sport à proximité, des APE - ces groupes nous mettent en contact avec des personnes que nous ne rencontrerions pas normalement et nous aident à construire ces liens de confiance et de réciprocité."
"Vraiment, en fin de compte, les gens qui vont vous sauver, et les gens qui vont vous aider», a-t-il ajouté, «ce sont souvent des voisins."



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