10/09/2015

Eau, nourriture, et survie en milieu extrême par Barnabé

Hello,

la lecture du livre "Survivants de l'extrême, 60 récits de survie dans des conditions extrêmes", dont j'ai fait le compte-rendu ici : http://www.le-projet-olduvai.com/t108p50-guides-de-survie-livres-consacres-a-la-survie
m'inspire quelques réflexions sur les conséquences de l'alimentation en milieu extrême.


Dans les expéditions polaires, l'alimentation joue un rôle vital compte tenu de l'absence totale de ressources sur place et de la très forte consommation calorique dûe aux efforts physiques et aux conditions météo.
1) Dans l'expédition Terra Nova de Scott (en 1912), il semble qu'ils aient souffert de dénutrition et peut-être aussi de scorbut. Scott et ses 4 compagnons sont morts de froid et de faim sur le chemin du r

etour. Outre la météo extrême et certains problèmes d'organisation, il semble que la nourriture était insuffisante par rapport aux efforts physiques et à la température extrêmement basse :

La priorité avait été donnée à une haute teneur en protéines considérée comme nécessaire à la combustion des calories durant le déplacement des lourdes charges, en particulier les traîneaux tirés par les hommes eux-mêmes. En fait, la valeur calorique des rations utilisées a été gravement surestimée, même si cela ne fut évident que beaucoup plus tard. La ration quotidienne de base pour un homme était de 450 g de biscuits, 336 g de pemmican, 84 g de sucre, 56 g de beurre, 20 g de thé et de 16 g de cacao. Ce régime sera complété par la viande des poneys, mais ces suppléments n'auraient pas comblé le déficit calorique sur de longues périodes.
Source de la citation : wikipedia, d'après le livre de Diana Preston qui en 1999 publia un livre qui faisait le bilan de cette expédition : http://fr.wikipedia.org/wiki/Expédition_Terra_Nova#Preston
D'après mes calculs, ça ferait une ration de l'ordre de 4900 kcal/jour, mais c'est un peu pifométrique car je n'ai pas trouvé de valeur pour le pemmican, j'ai pris 600 kcal/100g, et en plus sa valeur nutritionnelle varie évidemment selon la recette utilisée.

Autre source, dans la la notice wikipedia en anglais de Edward_L._Atkinson, le médecin de l'expédition (je traduis) :

Après la guerre, Atkinson a révélé à Cherry-Garrard le résultat des recherches qu'il avait conduites sur la valeur nutritionnelle des rations de l'expédition de Scott sur la Barrière (de Ross) et le Plateau (antarctique). Il avait trouvé que les rations consommées sur la Barrière n'apportaient que 51% de l'énergie nécessaire pour couvrir l'effort typique développé sur cette zone, le chiffre correspondant étant de 57 % pour le plateau.
Donc en fait, ces rations étaient globalement bien trop faibles en calories ; ensuite, elles ne contenaient pas assez de lipides et de glucides ; et enfin elles ne contenaient pas assez de vitamines, dont l'indispensable vitamine C.

Je m'étonne de cette carence en vitamine C, car une partie des cadres étaient des officiers de la marine militaire. Or, même si l'on n'avait pas à l'époque identifié la vitamine C, les marins savaient comment prévenir le scorbut en consommant des oranges, citrons, choux etc., et en recourant à la mise en conserve. On lit dans l'article Wikipedia sur le scorbut : "1795 : suite aux résultats obtenus par James Lind, la Royal Navy fournit une ration journalière de jus de citron vert ou jaune à ses marins.
1805 : l’invention par Nicolas Appert de la conserve alimentaire (appertisation) permit une alimentation équilibrée et donc vitaminée aux marins."
Pourquoi n'ont-ils pas appliqué ces connaissances à l'expédition polaire ?
EDIT : à propos de vitamine C, les indiens incorporaient (parfois ?) des baies séchées dans leur Pemmican (myrtilles, canneberges...). Est-ce que cela n'apportait pas des quantités significatives de vitamine C, car ces fruits sont si riches en vitamine C qu'il doit en rester pas mal même après séchage ? Est-ce que la non utilisation de ces baies séchées dans la version du Pemmican de Scott n'est pas plus importante qu'il n'y paraît ? Et Amundsen, pour sa part, qui s'était formé pendant presque 3 ans auprès des Inuits lors de son expédition précédente, est-ce qu'il mettait des baies dans son Pemmican, ou pas ? Est-ce qu'il aurait eu ainsi un apport en vitamine C, sans même le savoir ?

- Autre expédition, celle de Mawson (même date, 1912). A leur retour, ils souffrent de famine et doivent tuer les chiens un par un. La viande en est très dure et sans graisse. Ils mangent aussi le foie des chiens. Ils souffrent d'une dégradation très rapide de leur état de santé : diarrhée, nausées, perte des cheveux et des ongles, irritabilité tendant vers la folie... Mertz meurt et Mawson s'en tire de justesse. http://en.wikipedia.org/wiki/Douglas_Mawson
On le saura plus tard : il s'agit d'une intoxication à la vitamine A, le foie de nombreux animaux des régions polaires contenant des quantités toxiques de cette vitamine. Apparemment, on ne connaissait pas non plus ce problème à cette époque.
Pourtant, d'autres explorateurs ont du manger leurs chiens, certains bien plus tôt (Nansen et son collègue en 1895). S'agissant de Norvégiens, vivant en zone nettement plus froide que les autres explorateurs, ils connaissaient peut-être déjà ce risque de consommer le foie. Ils l'auraient appris soit dans leur milieu, soit auprès d'autres populations nordiques qu'ils auraient fréquenté en préparant leur expédition... Car chez les Inuits en tout cas, il était connu qu'il ne fallait pas manger le foie, même s'ils ne savaient peut-être pas dire pourquoi. Il y avait sans doute une partie de la population, en Norvège ou plus au nord, qui savait cela. Par contre, un Australien (Mawson était australien) n'avait manifestement pas eu l'occasion de l'apprendre...
Ceux d'entre nous qui ont lu des manuels de survie (par ex. Wiseman) se rappellent peut-être avoir cette mise en garde sur la toxicité de la vitamine A dans le foie des animaux polaires. Ben voilà, ça vient notamment de là : un explorateur qui y a laissé sa peau, et un autre de justesse, en 1912.

- dans les récits de naufragés, certains se rationnent drastiquement pour l'eau : 450 ml par jour, et même certains beaucoup moins (142 ml par jour dans le cas du capitaine Bligh et ses hommes). Et cela, pour des périodes prolongées. C'est impressionnant de savoir qu'on peut survivre avec des niveaux si bas d'eau (malgré l'exposition au soleil, mais en "bénéficiant" quand même d'une absence d'efforts physique). Dans ces conditions, la soif doit être une torture permanente !
Corollaire : certains consomment de l'eau de mer. Il y a alors une véritable intoxication par le sel, provoquant entre autres : oedèmes, folie et mort.

Voilà, je ne prétends pas du tout avoir fait le tour du problème ; je vous livre juste mes réflexions. Il y a seulement un siècle, on ne savait pas (ou pas assez) couvrir les besoins alimentaires en expédition, on ne connaissait pas (ou pas assez) le rôle bénéfique ou au contraire mortel de certaines vitamines ou minéraux...

Aujourd'hui, une expédition polaire fait largement appel à des aliments lyophilisés : plats lyophilisés, rations de survie ou panzerkeksen (gateaux secs très énergétiques) ou encore poudres high-tech (par exemple Per*nin). Avec ces aliments, on résout le problème de poids, de place, et ça résiste au gel ! Et on consomme du gras : "les lipides peuvent constituer jusqu'à 60% de la ration calorique, alors qu'ils ne représentent que 30-40% chez les personnes sédentaires".
Le premier site indique : "1,2 kg par jour, pour 5000 calories." Soit une densité de 416 kcal/100 grammes. C'est clair, on n'obtient une telle densité calorique qu'avec des aliments totalement secs : les glucides et les protéines pures sont vers 400 kcal/100 g, donc on peut augmenter cette densité en ajoutant du gras (le gras pur étant à 900 kcal/100 gr), mais à l'inverse tout ce qui est eau, minéraux ou fibres vont faire baisser la densité en ajoutant du poids sans ajouter de valeur calorique (même si les minéraux et les fibres sont nécessaires, ils ne comptent pas dans l'apport calorique !). Donc 416 kcal/100g, c'est forcément de l'alimentation déshydratée.

Deux liens :
http://arctique.chez-alice.fr/alimentationx.htm
http://www.peronin.net/frfr/projekte/testimonials/der-extremsportler-herbert-seimetz-ueber-peronin/

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