21/02/2015

Transition et attrition, essai sur un futur pas si lointain par Andros


Une crise type "LLBSV" (SHTF en anglais) comporte deux phases très distinctes : la transition et l'après-crise.



Nous vivons dans un système très complexe, et donc passablement fragile, qui permet de nourrir une vaste population. Nous étions une quarantaine millions de français en 1940, alors qu’un tiers de la population était encore ruralehttp://g3l1s1.centerblog.net/752015-La-demographie-en-France-1830-1940

Aujourd’hui 75% de la population française est urbaine, et 5% de la population active est liée à la production de nourriture (qui est industrielle).

Il existe une variété de scénarios pouvant détruire ou modifier plus ou moins profondément ce système, dans un temps plus ou moins court.

Les conditions de cette détérioration peuvent être multiples, nous n’allons pas les discuter ici. Ce dont je veux parler ici est le problème, d’ordre logique, mathématique même, de la transition.

Si le système qui produit la nourriture est affecté, fort logiquement il y aura moins de nourriture produite. A terme, cela veut dire que des gens vont mourir de faim, ou ne pourrons pas être nourris, ce qui revient au même. Cet ajustement est donc une attrition (en anglais j’utilise un mot plus parlant : die-off)

Quelle que soit la nature et l’intensité de la crise, il y aura donc une période de « transition » mais au terme de la
transition, une période stable après-crise.


Tout le problème réside dans la phase d’ajustement, donc d’attrition. Si la période post-crise ne peut nourrir que 40 millions de personnes, et que nous sommes 60 millions avant la crise, nous sommes bien d’accord que :
  1. un tiers de la population va mourrir
  2. la transition n’est pas achevée tant que le nouveau système ne peut nourrir tout le monde. S’il y a encore trop de monde par rapport à ce que le système peut produire comme nourriture, il y a nécessairement un surplus qui devra être « ajusté » (donc des gens en trop qui mourront logiquement de faim)

La phase de transition est la seule qui importe vraiment au survivaliste. Il faut que lui et ses proches se retrouvent de l’autre côté de la crise. Après cette crise, le monde « normal » recommence.

C’est une précision très importante, dans l’ordre de priorité des préparatifs. Si l’on accumule panneaux solaires,kits de chirurgie et autres objets « post-crise » sans avoir assez de nourriture pour survivre à la dite crise, ils serviront à quelqu’un d’autre. Fort logiquement.

Souvent le terme « SHTF » est en fait très flou pour les survivalistes US qui les utilisent. Pour moi, SHTF c’est avant tout cette phase de transition. C’est la phase critique.Cette phase de transition a une dynamique à soi, que j’essaie d’explorer, et à laquelle j’essaie de trouver des parades.Tout d’abord, la question centrale de la phase de transition est : combien de personnes pourront être nourries à l’issue de la crise ?

De la réponse à cette question découle l’importance de la purge, et donc l’intensité de la crise. Dans le worst-case scénario, un échange nucléaire global, la population survivante est de 10% de la population initiale dans l’hémisphère nord. Mais, d’une certaine manière, une partie du die-off est « prise en charge » par les bombes et leurs conséquences à court terme.

Dans le cas d’un effondrement sociétal type « Grande Dépression II » ou pire, « Peak Oil », le monde post-crise pourrait nourrir bien plus de monde, mais la plupart des gens devront mourir par eux-mêmes, de faim et de violence.

Je m’inquiète toujours lorsque je commence à écrire comme le docteur Folamour.

Il faut aussi prendre en considération que le monde post-crise (la « Terre du post-futur » de Mad Max 3) ne commence à exister qu’avec la première récolte post-crise. Jusqu’à la première consommation de cette nourriture, on est encore dans la phase de transition. Si vous avez planté pour 20 mais qu’il n’y a de nourriture que pour 10 jusqu’aux récoltes, 10 personnes vont devoir y passer. C’est toujours cette même logique.

Cette même logique agit à différentes échelles. La distribution de nourriture est comparable à une récolte : si on ne distribue de la nourriture que pour 18.000 personnes dans une ville de 20.000, il y aura attrition.

Le début du monde post-crise peut être différé par l’importance des désordes lors de la phase de transition :
  • destruction de l’appareil productif (tracteurs, engrais)
  • destruction de semences, de cheptel (à la Russie 1920)
  • mauvaise répartition de nourriture parmi les survivants
La logique est parfois vicieuse : si des réserves importantes de nourriture sont présentes, le processus d’attrition est différé, retardé voire non présent. Or la terre du post-futur ne peut pas nourrir tout ce beau monde. Vous pouvez avoir 20 familes survivalistes avec 5 ans de bouffe à bord, si dans le Nouveau Monde post-crise la terre ne peut en nourrir que 16, 4 vont quand même devoir disparaître.

Le fait que la crise ne finit qu’avec les premières récoltes signifie aussi qu’en cas d’hiver nucléaire, si les récoltes des deux années consécutives sont perdues, seul celui qui a trois ans de nourriture ( !) peut espérer survivre… si tant est qu’il ait aussi assez de semences pour repartir ( !)

Tout ceci est un petit article écrit à la va-vite. Inutile de dire que les nations qui ont établi des réserves stratégiques de nourriture ont des modèles bien plus élaborés, et des procédures pour répondre à la crise. Les pouvoirs publics, s’ils oeuvrent pour le pays, auront comme priorité d’amener le plus de gens possible de l’autre côté de la crise.
Compte-tenu de la logique de la transition, cela signife qu’il vont aussi devoir sacrifier des populations (directement ou indirectement). Ne pas oublier que les diverses crises alimentaires dans le Tiers-Monde sont extrêmement bien documentées et suivies par les pouvoirs publics (et leur bras non armé, les ONG).

Que pouvons-nous faire individuellement ?

La première chose à faire est d’avoir une compréhension assez bonne de la situation pour pouvoir établir le niveau de production agricole du monde post-crise, car nous avons bien vu que tout le reste découle de cela.

On aura donc établi une estimation :
  • du taux d’attrition de la population
  • du comportement de la population face à cette attrition, notamment le déroulement de l’attrition dans le temps
  • de l’attitude probable des pouvoirs publics (rationnement, temporisation etc) et de leur capacité à maîtriser la crise
D’où l’importance extrêmement grave de garder le secret sur ses préparatifs. J’imagine que bien des gens, mal à l’aise ou amusés par le terme de survivalisme, en aient parlé à leurs proches. Soyez SÛRS qu’ils ne l’oublieront pas le moment venu. C’est tout le problème de savoir si on préfère regarder son beau-frère crever de faim ou de se battre à mort avec lui. On en est là.

Votre réserve de nourriture doit être considérée comme limitée, finie, dès le premier jour. Vous ne pouvez pas vous permettre de spéculer sur des distributions éventuelles de nourriture. Si elles ont lieu, c’est un cadeau du Père Noël à chaque fois. Ayez assez de bouffe.

Quelques considérations sur la société au sens large :
En cas d’interruption brutale de livraison de nourriture (worst-case scénario), la plupart des gens ont moins d’une semaine de nourriture chez eux. Allez chez les gens et constatez. On peut s’attendre à des pillages massifs dès les troisième jour, qui frapperont les commerces, les restaurants etc.

En l’état, cela signifie qu’une grosse partie de l’attrition aura lieu très tôt, mais sera extrêmement violente. Nous ne parlons pas sur Olduvaï de tout ce qui concerne la violence envers les êtres humains, mais vous pouvez vous doutez de ce qui peut arriver.

La situation n’est pas celle d’une aggression dans la rue, c’est celle d’une émeute MASSIVE de gens n’ayant vraiment plus rien à perdre et obsédés jusqu’à la folie par la nourriture.

Plus la population est concentrée (centre-ville, grands ensembles) plus l’attrition sera violente et rapide.

Il n’y a JAMAIS eu dans l’histoire de précédents à l’époque où nous vivons actuellement. Même l’Allemagne en 1945 avait la moitié de sa population à la campagne. Les gens avaient pour habitude de stocker naturellement de la nourriture. Nous ne sommes donc pas en mesure de réellement imaginer ce à quoi cela va ressembler. On risque même de ne pas croire nos yeux (et cela arrive plus fréquemment qu’on ne le croit).

De là aussi l’inutilité de convaincre d’autres gens : s’ils ne sont pas venus à ces conclusions par la logique, ils ne feront jamais ce qu’il faudra – par contre, ils auront retenu que vous, vous êtes préparés…

A mon humble avis, le premier danger à apparaître cela celui de gangs criminels, pré-existants ou improvisés. Ils connaîtront une attrition forte, mais collecteront au passage les armes de leurs victimes, et croîtront en expérience. Ces bandes armées peuvent acquérir rapidement une efficacité de type militaire, et de plus, ils auront compris comme tout le monde la nécessité de « l’attrition ».

L’armée et d’autres éléments des forces de l’ordre peuvent tout à fait se constituer en gangs (c’est ce qui se passe dans les pays du Tiers-Monde, la police étant un gang de plus), mais alors très bien armés et pouvant utiliser le prétexte de la loi pour s’emparer de vos ressources (ou pour « purger » la population)

Si 75% de la population est urbaine, en gros 75% des policiers et militaires sont également urbains…


Incidences sur la préparation :
  • un certain nombre de choses ne sont pas à aquérir en priorité, car il y en aura plein après la crise. Toutes ces considérations sur le besoin d’acquérir des Francs-Or me semble complètement déplacées. Pour un Napoléon, combien de kilos de riz ?

  • un certain nombre de choses vont êtres nécessaires pour survivre aux trois mois de crise intense, dans laquelle l’essentiel de l’attrition va se produire. Oubliez les chargeurs solaires de piles, ayez assez de piles pour trois mois, ensuite des piles rechargeables on en trouvera partout.

  • dans ce temps extrêmement concentré et intense de l’attrition, gagnez du temps à tout prix. Ne perdez pas de temps à faire des plats élaborés, utilisez des plats cuisinés. Ayez beaucoup de nourriture de confort (chocolat etc.) pour vous aider à surmonter les chocs psychologiques.

  • durant cette période, vous aurez besoin d’énormément d’énergie, ce n’est pas le moment de compter les haricots. Lorsque le vent sera tombé, mais qu’il faudra tenir jusqu’aux récoltes, on pourra compter les haricots à loisir. Ayez donc trois mois de bouffe rapide, énergétique, confortable (ce qui est cher) et ensuite un an de bouffe low-cost. Dans la même logique, il existe des médicaments pour rester éveillé deux jours de suite etc., ou du guronsan, des saloperies du style : dans une phase intense comme celle-ci veillez d’abord à survivre, vous aurez bien le temps de morfler ensuite à cause de leurs effets.Oui, un an, car les plantes doivent avoir le temps de pousser…

  • vos solutions doivent pouvoir être mises en œuvre rapidement et simplement. Des enfants, ou des gens peu compétents , doivent être en mesure de s’en servir.

  • le survivaliste est en état d’infériorité numérique énorme en cas d’attrition brutale. Votre objectif premier est de survivre à cette phase d’attrition brutale, du coup on peut accepter d’avoir un large groupe avec soi pendant cette phase. Mais ce sera un autre problème que de gérer ce large groupe jusqu’aux récoltes. Ceci dit, il devrait il y avoir pas mal de place alentour pour que ce soit vivable.

  • bien évidemment, un préparatif extrêmement important est d’avoir des semences. Votre propre monde post-crise commence avec votre propre récolte : c’est donc de vous que dépend la sortie de crise.

On peut acheter du blé sec (ou mondé) dans certains magasins, il germe bien. Les haricots secs germent eux aussi. Ensuite, il y a bien sûr tous les sachets de graines diverses, pour le potager.

Tout cela semble bien sombre, mais il faut bien voir que cela a du sens dans une certaine logique.

On en discute sur le forum : Transition et attrition !

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