28/12/2012

Vive les pieds ! par Zapata


Bonjour,

Quand on parle des pieds, c'est souvent péjoratif, du genre "bête comme ses pieds", et pourtant...


Le pied est une des parties du corps parmi les plus importantes, pour le survivaliste.

Ultimement, quand tous les autres moyens de locomotion sont devenus introuvables ou inutilisables, il peut compter sur ses pieds, enfin, peut-être...

S'il en prend bien soin, ce qui est loin d'être toujours le cas, par négligence ou par ignorance...

Indifférences coupables, car ces pieds nous servent (aux deux sens du terme : ils nous sont utiles, et ils sont à notre service) tout au long de notre vie, et ils peuvent nous amener faire plusieurs fois le tour de la Terre !

Et oui, imaginons quelqu'un qui, tous les jours, progresserait dans la même direction, à raison de 10 km par jour (ce qui est très raisonnable, même un peu âgé), entre ses quinze ans et ses soixante-cinq ans, soit un intervalle d'un demi-siècle. Et bien, cette personne, dans cette période de temps, aurait parcouru : 10 x 365 x 50 = 182 500 km, soit quatre fois et demi le tour de la Terre.

Cas extrême me direz-vous... Alors réduisons la fréquence des jours de marche à un sur deux, soit six mois par année, et il aura encore parcouru 91 250 km, soit plus de deux fois le tour de la Terre.

Nouvelle objection de votre part : il n'a pas pu aller toujours tout droit ! Bon, on réduit encore de moitié, en considérant qu'il faut faire 80 000 km pour boucler la boucle, et cela reste faisable en l'espace d'une vie, en prenant son temps (une moyenne de 5 km par jour, ou de 10 km un jour sur deux).

Autre façon de voir l'exemple, celle des enjambées, à raison d'un mètre par double pas (à chaque fois que le même pied, à gauche ou à droite, reprend contact avec le sol). En 80 000 km, notre marcheur aura fait 160 000 000 d'enjambées (160 millions), ses pieds auront subit 80 millions d'impacts chacun, etc.

Demandez à votre podologue ce qu'il sait sur la complexité, la résistance, mais aussi les fragilités de ces moyens de locomotion, et vous serez très étonné par ce qu'il vous racontera.

La place manque, ici pour développer le sujet, et puis cela serait un peu trop technique, mais songez simplement qu'ils supportent le poids de votre corps, chaque fois que vous êtes debout, de la naissance à la fin. De plus, il sont articulés et tout un tas d'os et de ligaments sont au travail à chaque pas.

Des pieds opérationnels sont indispensables, et dans des cas limites, ils feront la différence entre votre survie, ou pas...

Donc, les pieds doivent mériter, de la part de leur propriétaire, la même attention que celle que le cavalier accorde à sa monture, avant le départ, en route, après être arrivé. Ils doivent également bénéficier de soins aussi méticuleux que pour le moindre canasson !

Donc, des chaussettes de qualité et renouvelées fréquemment, si possible en utilisant la double couche (une paire de chaussettes fines et des chaussettes de marche plus épaisses par dessus). Les avis divergent sur cette technique, que j'utilise personnellement, avec les améliorations que j'en attendais (20 km en une après-midi, en terrains variés, par forte chaleur, sans trop de problèmes à l'arrivée).

Des chaussures de marche adéquates (terrain, météo, etc.), et surtout dont la forme est adaptée à celle de vos pieds, ce qui n'est pas le cas de tous les modèles dans toutes les marques. C'est ainsi que j'ai dû revendre, après à peine deux sorties, des Meindl Pro toutes neuves, pour des problèmes qui n'étaient pas détectables en magasin (même avec les précautions habituelles : marche avec, tester avec les doigts entre la tige et l'arrière de la jambe, essayer d'aller en butée en étant en pente avant...), mais seulement après les deux ou trois premières heures de marche.

Personnellement, je préfère des chaussures respirantes plutôt que des modèles trop étanches (pieds trop chauds et macération), même si cela implique d'avoir les pieds mouillés s'il pleut, ou si l'on passe dans des zones par trop humides... Ce qui est supportable, en été, et aussi en hiver (si la cadence est vive, le peu d'eau qui est entrée, prend vite la température du corps) à condition que ce soit sur de courtes distances.

Egalement préféré, prendre nettement trop grand, quitte à ajouter des semelles internes (meilleur amortissement), en plus des deux chaussettes. Avec cette multiplication de couches, bien des chocs et des frottements sont amortis. Et la tenue du pied, pensez-vous ? Elle est bonne, en considérant que la tige est choisie assez haute (protection de la cheville), et que le gonflement progressif des pieds vient compenser le tassement progressif de l'ensemble : doubles chaussettes et semelles intérieures. Seule précaution, resserrer le laçage, avant toute longue descente, pour empêcher les déplacments excessifs vers l'avant. Sans oublier de redonner (un peu) "de mou" une fois sur arrivé sur le plat ou revenu en montée, pour un moment.

Indispensable, toujours à mon avis, les guêtres (en synthétique en hiver pour l'étanchéité ; en coton épais en été pour la ventilation du bas de la jambe). Encore indispensables : des lacets de secours (il y en a qui oublient...) ; du ruban adhésif armé de très bonne qualité (genre gafer) pour les réparations de fortune, si la semelle commence à se désolidariser de la chaussure, par exemple (si vous avez le ruban, vous pouvez continuer la route ; sans lui, vous la continuerez également, mais vous en garderez un drôle de souvenir...).

Et les pieds en eux-mêmes ? Propres (donc, lavés dès que possible), avec des ongles bien coupés (ce qui ne veut pas dire les couper le plus court possible, mais selon les règles).

Avant de partir, faire le contrôle technique (amorce d'ampoule, gonflement, rougeur...), et la pose préventive de pansements spéciaux (peau artificielle, etc.).

En cours de route, vérifier tout de suite en cas de sensation de début de problème, ou bien lors des pauses, si la situation le permet, et remédiation immédiate.

Une fois à l'étape, les bichonner : bain froid éventuel, séchage très soigneux (risque de mycoses), poudre ou crème apaisante éventuellement (en préférant les formules les plus naturelles), et pourquoi pas un bon automassage en guise de récompense pour le service rendu (en plus cela détend le propriétaire...).

Désormais, quand on vous dira que vous êtes bête comme vos pieds, vous pourrez prendre cela pour un compliment, car nos pieds sont très intelligents, et modestes en plus car il le sont sans l'afficher...

Songez simplement à toutes les opérations d'ajustement immédiat qu'ils réalisent automatiquement, et sans que vous ayez à intervenir. Rappelez-vous aussi toutes les informations qu'ils peuvent vous donner sur le terrain, sans avoir à y regarder, surtout s'ils sont nus (mode de marche qui n'est pas possible à tout le monde...).

Si vous avez envie, un jour, de retrouver ce type de sensations, essayez de progresser en pleine nature avec de vrais mocassins amérindiens, vous serez très étonné de tout ce que vos pieds vous diront alors...

Zapata

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