12/12/2012

Le C de NRBC



"Je souhaite partager mes connaissances sur le NRBC acquises pendant mon parcours militaire."

Tout d'abord, on ne dit plus NBC, mais NRBC, suite à la probabilité du risque radiologique, principalement avec la menace terroriste. Mais le R veut dire RATIO et non radiologique, prenant en compte le risque induit par un ratio anormal de rayonnements dangereux.

Il me semble primordial de commencer par le chimique.

Pourquoi ? parce que c'est l'arme non conventionnelle du pauvre par excellence, rapport aux différentes particularités ci-dessous, et qu'une cellule terroriste ou un illuminé (cf attentat au métro de tokyo) peut en fabriquer facilement avec des connaissances minimales :
  1. production massive aisée
  2. concentration efficace facile à réaliser
  3. grand choix de vecteurs
  4. stable au stockage (dans les bonnes conditions s'entend)
  5. efficacité à faible dose avec possibilité de graduer
  6. protection difficile

  1. Nombre de toxiques chimiques de combat se fabriquent avec des produits usuels peu chers et simples à trouver
  2. C'est plus simple et efficace de "gazer" un village que de le bombarder sans laisser de survivants
  3. Roquettes, obus d'artilleries, missiles, mines et pots thermiques, réservoirs aériens, épandage, cartouches d'armes à feu, bombes
  4. Les chimiques ont une durée devie assez longue lorsque bien stockés. On trouve encore des obus chimiques de 14-18 où les toxiques sont encore actifs
  5. Pas besoin d'en envoyer des tonnes pour faire des morts ou des intoxiqués, suivant le résultat demandé on peut calculer la concentration à réaliser et même la dispersion
  6. C'est une arme silencieuse, et les alertes arrivent souvent trop tard aux premiers signes d'intoxication. A moins d'une suspicion d'attaque chimique fondée, l'effet de surprise est dévastateur.
En plus de la capacité à nuire aux humains, il faut ajouter que les chimique bloquent également l'utilisation correcte de matériels tant qu'ils ne sont pas décontaminés.

A noter au vietnam l'utilisation de l'agent orange, destiné à faire mourir la végétation et donc retirer ce camouflage aux troupes ennemies.

Les chimiques se classent en différentes catégories suivant leur forme, leur tenue dans le tenue dans le temps, l'effet recherché, leur mode opératoire.

Formes des toxiques chimiques, au nombre de 3 :
  1. les gaz ou vapeurs
  2. les liquides
  3. les aérosols
Tenue dans le temps :
  1. les persistants
  2. les semi-persistants
  3. les incapacitants (soman, BZ)

Les persistants sont conçus pour tenir leur efficacité sur plusieurs jours, plus de 72 heures (en général ce sont des liquides)

Les semi-persistants jusqu'à 72 heures (en général, des gaz)

Les incapacitants pour une durée très courte, de l'ordre de quelques minutes.

Les deux premiers peuvent se révéler mortels, les incapacitants non, on peut les assimiler au lacrymogène.

Pour les voies de contamination :
  • les cutanés : restent sur l'épiderme
  • les percutanés : traversent l'épiderme pour une action en profondeur (ypérite)
  • les respiratoires
Parmi ceux-ci on distingue:
  •  les vésicants, qui irritent la peau, les yeux et les muqueuses d'une manière permanente (CX, Lewisite)
  • les généraux, affectant l'ensemble du corps
  • les sanguins
  • les cellulaires
  • les neurotoxiques, affectant l'influx nerveux au niveau synaptique (gaz VX)

A noter que les neurotoxiques peuvent être incapacitants, mais souvent létaux.

Exemple : les gaz à forte teneur en LSD testés pour retirer l'envie de combattre ou faire s'entretuer les ennemis (regarder à ce sujet l'excellent film "l'échelle de Jacob").

Le gaz moutarde et l'ypérite sont souvent confondus : le moutarde est un gaz chloré (suffocant) et l'ypérite un toxique liquide percutané.

L'ypérite traverse le caoutchouc, seule parade : les gants butyl ou vynil.

A savoir que les obus d'artillerie chimiques sont soit :
  • fusants : ils explosent en l'air en en provoquant une fine pluie de toxiques liquides
  • percutants : libèrent des gaz à l'impact

Bien souvent, ce qui diffère un insecticide banal d'un toxique de combat est juste la concentration (gaz zyklon B).

Comment reconnaître une zone contaminée ?
  • cadavres d'animaux
  • flaques suspectes (alors qu'il n'a pas plu)
  • odeurs suspectes (moutarde, ail, amande amère, eau de javel)
  • changement d'aspect dans la végétation (couleurs, plantes mortes...)
  • signes d'intoxication du personnel :
    • irritation
    • toux/suffocation
    • vomissements
    • pleurs
    • défécaton involontaire
    • cloques sur la peau
    • perte d'équilibre
    • troubles de la vue et d'autres sens

Les neurotoxiques sont les plus dangereux, en général ils agissent en 1mn30, parade :
  • absorption de pyridostigmine, qui est un neurotox léger permettant de saturer le système nerveux (comme l'iodure de potassium)
  • Utilisation de la seringue auto-injectante à 3 compartiments, atropine,/contration/valium

A savoir que ces traitements permettraient de conserver en gros 1/3 du système nerveux intact...

Dans le prochain post, je parlerai de la conduite à tenir sous attaque chimique, de l'équipement, de la décontamination et des équipes mises sur pied par l'armée et de leurs procédures.

J'enfonce peut-être des portes ouvertes avec ce topic, mais je crois que cette introduction est nécessaire pour comprendre ensuite les procédures de déconta et aborder le point "équipement".
Les équipes NRBC militaires.

En France c'est l'armée de l'air qui s'en charge pour l'instant. Je ne sais quel général a dit qu'ils savaient faire lors d'une réunion, résultat il a fallu appeler des spécialistes en urgence afin de mettre au point une procédure.


Ces équipes sont dépêchées lors de grands rassemblements, ou lors de catastrophes accidentelles ou non.


A dire vrai, il n'y a pas de véritable spécialistes, c'est une deuxième tâche venant en plus de l'emploi principal, les opérateursreçoivent une formation sommaire de quelques dizaines de minutes (si si)


Les opérateurs ne sont que très peu formés, et personne ne sait si leurs lots de matériels sont complets...


Je vais vous décrire le cheminement d'une victime arrivant en déconta après un attentat chimique. Tout ceci n'est que théorique.


Tout d'abord, toute personne inconsciente est considérée comme décédée...


La zone de déconta est surveillée afin d'éviter tout débordement, ce qui veut dire que si une personne panique... Enfin, vous aurez compris...


La victime arrive sur un brancard pivotant. Sur le brancard, un film de vynil est déroulé et de la terre de foulon y est déposée afin d'absorber les liquides toxiques.


UN opérateur se charge de déshabiller la victime, on coupe les vêtements, chaussures etc, les papiers et éventuel bijoux portés sont remis à un officier de police judiciaire qui les met sous enveloppe au nom de la personne.


Un fois nue, la victime est saupoudrée de terre de foulon, puis "grattée". Les ciseaux ayant servis à découper les vêtements sont trempés dans un bac de javel.


Un opérateur coupe les cheveux, puis place un masque à gaz, avec un tube de plastique souple autour de la cartouche filtrante, afin de la protéger des résidus toxiques. La tondeuse manuelle est trempée dans le bac de javel.


Le brancard pivote vers une autre station, on passe la victime sur un autre brancard (film vynil + terre de foulon enore) où un médecin et une infirmière se chargent du diagnostique, remplissent la fiche de soins à apporter.


Pendant ce temps, le film vynil est coupé et remplacé pour recevoir une autre victime dans la 1ère station.


dans la deuxième station, une fois le diag fait et la fiche remplie, on pivote la victime vers la 3ème station pour recevoir les soins.


Et ainsi de suite.


La déconta militaire :


c'est une chaîne, la déconta n'a jamais lieu sur l'endroit de l'attaque.


chaque n° représente un maillon de la chaîne
   
  1. on laisse arme et équipement
  2. enlever et mettre à la poubelle les sur bottes et gants cuir
  3. taper les pieds sur une grille
  4. gratter les semelles sur une grille
  5. un opérateur retire la capuche de la t3p, et en ouvre la fermeture zippée, il enlève toute la t3p en s'aidant de ciseaux, retire les gants butyl. les rangers sont enlevées l'une après l'autre, car on passe un pied à la fois vers l'autre station (pour éviter de contaminer)
  6. on saupoudre de foulon, puis on retire le masque. On prend un nouveau masque à gaz avec un tube plastique protecteur autour de la cartouche.
  7. passage à la douche
  8. on passe à la détection pour vérifier s'il reste encore des toxiques.

Conduite à tenir en cas d'attaque.

Si vous êtes proches de militaires (checkpoint), l'alerte est en général soit 3 coups de klaxon (ou sirène/ou sifflet) longs, soit on crie "gouttelettes !" ou encore "gaz gaz gaz".


A noter qu'avant on employait des crécelles car leur son est caractéristique et reconnaissable.


  1. Se mettre dos au vent et retenir sa respiration
  2. mettre ses moyens de protection : à l'abri sous une cloche (poncho) on met son masque en 1er, puis sa combinaison. Pas de peau à l'air libre !
  3. mettre eau, nourriture et équipement à l'abri
  4. relayer l'alerte autour de vous 
  5. rejoindre l'abri ou la chaîne de déconta la plus proche
  6. éviter les contacts avec les personnes non protégées
Je sais c'est limite, mais il n'y a pas grand chose d'autre à faire.

A savoir que pour s'équiper de sa combinaison il vaut mieux être deux, vous l'enfilez et l'autre vérifie que vou l'avez bien mise.


Pour la combi, prenez une taille au-dessus, pensez aux vêtements que vous portez.


Portez des gants de manut en cuir pour éviter de déchirer les gants vinyl ou butyl qui ont une résistance mécanique faible.


Dans votre combi, n'oubliez pas des chaussettes (sacs plastiques), quand vous vous déséquipez ça évite de se pourrir les pieds avec les surfaces contaminées des chaussures (enfin ça c'est bien si vous avez le temps de le mettre).


Attention aux matériaux de votre combi : beaucoup de toxiques de combat sont corrosifs, ce qui leur permet de traverser les couches de protection...


  Éviterles barbes de père noël ou les grandes bacchantes qui peuvent compromettre l’étanchéité du masque.


une fois le masque mis, soufflez un bon coup avant d'inspirer afin de virer les éventuelles particules toxiques, ceci si votre cartouche n'est pas en place.


Si vous mettez votre cartouche en place pendant l'attaque (erreur ! elle devrait déjà être en place !) éviter de toucher le filetage.


  Évitezde vous plaquer au sol : les gaz de combat sont lourds pour qu'ils se dispersent le moins possible, et allongé vous offrez plus de surface de contamination aux toxiques liquides.


entrainez-vous à mettre votre protection le plus vite possible, vous verrez c'est pas facile.


Si vous êtes en voiture, fermez vitres, portes et aérateurs, mettez votre masque. Relayez l'alerte avec votre klaxon. N'oubliez pas de verrouiller les portes afin d'éviter qu'elles soient ouvertes par une personne cherchant un abri (je sais c'est pas sympa mais...).

si vous étiez en train de rouler : si la route est dégagée, tenter une fuite contre le vent si possible (comme ça vous ne serez pas poursuivis par les gaz) et allez à la zone de déconta la plus proche.

si vous ne pouvez pas fuir, rangez-vous sur le bas côté et coupez le contact.


attendez la levée de l'alerte ou la fin de l'attaque pour repartir.


Une fois arrivé à la zone de déconta, ne sortez pas du véhicule.


Attirez l'attention (mais je crois que vous serez remarqués), n'essayez pas de forcer l'entrée de la zone.


Expliquez la situation en écrivant sur un bloce note pour que les opérateurs vous prennent en charge.


Donnez le plus de détails et surtout :


  • le lieu et si vous pouvez, l'heure de l'attaque
  • le type d'attaque : aérienne, attentat chimique, artillerie
  • la forme des toxiques si vous le savez : gaz ou liquides

Et oui ! Ils ne sont peut être pas au courant.


Attendez les instructions. Dans tous les cas, ne sortez pas du véhicule sans que celui-ci ait été décontaminé ou que vous ayiez revêtu votre combi de protection.
L'équipement.

Si vous avez les moyens, achetez de la qualité, matos civil bien sûr car le militaire est réglementé par la loi.


N'oubliez pas que les chimiques sont corrosifs et traversent certains matériaux.


Je ne donne pas cher des combi de peintre en ambiance NRBC.


  Étancherune combi aux poignets et chevilles avec de
l'adhésif est bien mais pour vous déséquiper...

Bon, je ne veux pas dire que les kits NRBC constitués ainsi sont nuls, mais qu'ils représentent une protection faible à moyenne (mieux que rien) et que si s'équiper est déjà dur, se déséquiper ne l'est pas moins.


En premier, l'appareil respiratoire filtrant doit être de bonne qualité, et étanche : vérifier l'effet ventouse sur votre visage


  • placer votre masque démuni de cartouche
  • boucher avec la paume l'orifice de la cartouche
  • inspirer fortement
Si l'air passe, soit vous avez mal mis le masque, soit il est bon à jeter...

On peut nettoyer un masque avec 2 produits :


  • eau
  • mercryl
Prenez des gants vinyls plutôt que le latex qui n'est que du caoutchouc naturel facilement transperçable par les toxiques.

Par-dessus de solides gants en cuir.


Les masques type FFP2 ne sont d'aucune utilité en ambiance NRBC.


Conservez la musette de transport de votre masque, une fois équipé n'oubliez pas que vous n'avez plus de poches. Elle peut donc vous permettre d'y placer des objets.


Je ne sais pas si les masques civils dotés d'interface d'alimentation liquide existent, mais pouvoir boire avec le masque est un bonne chose (on a vite très chaud), il faut donc la gourde avec le bouchon ad hoc.


Si vous avez du papier détecteur, collez en sur :


  • les chaussures
  • une de vos manches
  • dans le dos
  • sur votre capuche
Ainsi vous ou vos proches serez toujours en contact visuel avec un des papiers.

Passez bien votre capuche au-dessus du masque, ça paraît évident comme ça mais c'est une erreur fréquente.


Sur les combis maison, collez un velcro permettant de recouvrir les fermetures éclairs. 

 
Savage.

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