10/08/2015

Stages de survie par Zapata


Le peu que j'ai appris, en matière de stage dit de survie, à travers des offres vues sur Internet, montre d'abord une orientation très liée au pays concerné :


Par exemple, aux USA, concentration assez nette (mais pas systématique, non plus) sur la survie guerrière... Alors qu'en France, on est plus dans le camping "intensif" (faire son abri, reconnaître et manger des baies sauvages, etc.)...

En ce qui concerne la population des organisateurs, on retrouve la même différence : aux USA, des anciens des Forces Spéciales et autres professionnels... En France, plutôt des civils avec une orientation "vie rurale et autonomie ; randonnée et autarcie".

Dans tous les cas, qui peut se prétendre instructeur en survie ?

Effectivement, des anciens militaires, mais à condition qu'ils aient, eux-mêmes, suivi une formation sérieuse. Or, cette formation est de durée et d'intensité variable, suivant leur ancienne spécialité. Par exemple, tout pilote de l'Armée de l'air est formé à la survie, sur quelques jours, mais je ne pense pas que cette formation en fasse un bon spécialiste. Par contre, s'ils pouvaient le faire, les "anciens" de certaines unités très précises, ou de certains services..., feraient d'excellents instructeurs, notamment en matière de survie en milieu "hostile"...

Sinon, du côté des civils, qui peut prétendre à un minimum de crédibilité ? Il n'existe pas de voie universitaire, dans ce domaine (vous imaginez un DESS ou un Doctorat en survivalisme, avec option montagne ou vie en communauté..., mais là je plaisante, quoi que, je m'inscrirais bien si c'était le cas...). Ni même de qualification sportive, genre BEES...

Ensuite, il y a tous ces organisateurs de balades et de randonnées en autonomie, qui, sentant qu'il y avait là une nouvelle niche commerciale, ont ajouté un volet survie à leur catalogue de prestations proposées. Il y a également tous ceux qui se sont autoproclamés experts en ces domaines de la survie, de l'autonomie, etc., sans que l'on puisse savoir d'où ils tiennent leur compétence (livres lus, formations suivies pendant leur lointain Service National, pratique du scoutisme, autodidactisme...).

Si vous lisez les descriptions des stages, c'est très vaste. Celà va d'apprendre à faire son pain tout seul, à se nourrir sur le terrain (pour quelques jours, et à partir de racines, de plantes comestibles...), à savoir pêcher à l'arc, à savoir allumer un feu avec une planchette (bon courage...), à savoir s'orienter avec le soleil, la lune et les étoiles...

Entre parenthèses, je fais juste mention du fait que l'on peut trouver, en France, des stages parfois exotiques et auxquels on n'aurait pas pensé, même si ce n'est pas vraiment de la survie : utilisation d'un dromadaire (sud de la France), d'un lama, etc.

Je reviens au sujet principal : comment trouver un stage sérieux, et correspondant à ses besoins ? Pas facile, du fait justement du flou que j'évoque depuis le début de ce texte.



Et, si la meilleur formation à la survie, ce n'était pas, justement, autre chose que les prétendus stages de survie ?

Je m'explique : utiliser des stages et des formations qui ne sont pas prévues spécifiquement pour la survie ou l'autarcie, mais qui sont autant d'éléments juxtaposés d'acquisition de compétences liées à la survie.

Des exemples pratiques :

Vous faites un stage de voile traditionnelle, comme il en existe en France. A l'issue de ce stage, vous savez (un peu) manoeuvrer un navire en bois, avec les techniques traditionnelles, et vous avez aussi appris à faire du pilotage (navigation en vue des côtes) et de la navigation astronomique. De plus, vous avez un peu pêché et vécu dans une ambiance très rustique (éclairage au pétrole, lavage à l'eau de mer bien froide...). Et, ce n'est pas tout, car une bonne partie de ce que vous avez appris, notamment en matière de navigation, est directement réutilisable dans d'autre contextes. Par exemple : naviguer traditionnellement en milieu marin et naviguer traditionnellement en milieu désertique (et aussi, en milieu plus classique) est quasiment la même chose.

Des stages d'artisanat traditionnel vous permettront d'acquérir plein de compétences utiles : boulangerie, vannerie, cordonnerie, teinturerie (avec des végétaux), muletage (soins et emploi de mulets), apiculture...

D'autre stages, dits de nature, vous initieront à la reconnaissance des plantes (y compris celles qui sont consommables), des animaux (y compris leurs habitudes, mœurs et comportements, traces...) ; à l'orientation et à la lecture de cartes...

Si vous y ajoutez tous les stages plus classiques, en matière de chasse, pêche, plongée et chasse sous-marine, ULM, parapente, VTT, moto tout terrain, équitation, ski, raquette, tir (arc, arbalète, armes à feu), plomberie, menuiserie, mécanique, jardinage (potager, verger), etc., etc., vous couvrez déjà pas mal de vos besoins supposés, et il y a là de quoi vous occuper un bon bout de temps.

Pour certaines spécialités, les choses peuvent être un peu plus difficiles. Prenons l'exemple du piégeage et du braconnage. Et bien, là, il va falloir vous trouver un pratiquant qui voudra bien vous informer, très informellement et très discrètement... Bien entendu, vous avez besoin de vous former juste en cas de future nécessité absolue de survie (ce que permet la loi) et non pas pour l'utiliser actuellement (où il n'y a pas cette nécessité absolue) !

En ce qui concerne la théorie, entre Internet, les livres, les revues, il y a tout ce qu'il faut. A ce sujet, bien des informations intéressantes pour la survie, sont disséminées dans plein de livres et de revues qui ne sont pas spécifiques à ce domaine. Le tout, c'est de savoir lire tout ce qui passe sous nos yeux, avec cette grille de lecture "survie", pour récupérer plein de choses fort utiles (à noter quelque part, car la mémoire est volatile...).


Un proverbe auvergnat dit "Le premier argent dépensé, c'est celui que l'on n'a pas dépensé !". Sage adage... Avant de vous ruiner en stages divers et variés, faire le tour de ce qui peut être atteint gratuitement, ou bien par échange de service. Vous encadrez des gamins en randonnée, comme moniteur de camp de vacances, et vous faites de l'entraînement à l'orientation en étant logé, nourri, payé (un tout petit peu, entre quelques dizaines d'euros et un SMIG, pour un mois). Vous aidez le voisin écologiste à cueillir ses tomates et il vous passe des informations sur la lutte biologique. Un autre voisin est un collectionneur de motos anciennes ? Proposez votre aide, et vous serez vite compétent en mécanique moto... Demandez à un pêcheur de participer à une "marée", et vous apprendrez plein de choses, tout en ramenant à la maison quelque chose à manger... J'allais oublier les stages qui sont gratuits, comme je le mentionnais déjà dans un autre thème, en prenant l'exemple de la Croix Rouge, en ce qui concerne le secourisme.

Il y a aussi le troc : tu me formes à cela ; et moi, je t'instruits à ceci. Je t'explique comment utiliser une CB, ou bien changer des cardans, et tu me montres comment on fait du fromage de chèvre, comment on fait des conserves en bocaux de verre... Des exemples un peu au hasard, mais juste pour vous donner l'esprit de la chose. Plus formellement, il existe les "SEL", les systèmes d'échange locaux, où l'échange des aides est formalisé et coté : tant d'heures d'initiation à l'informatique, ou de travail de désherbage, que vous avez faites pour M. X valent tant de crédits que l'on peut utiliser pour être formé, ou bien aidé, par Mme Y ou M Z, à d'autres choses qui vous intéressent.

N'oublions pas, non plus, l'autoformation, qui nous est parfois possible, sans grand risque. Je ne sais pas vous, mais j'ai appris à faire du vélo tout seul, en bien moins d'une demi-heure. Je suis monté sur l'engin, aidé par un endroit pourvu de deux longues banquettes où je pouvais poser un pied, si necessaire. Premier essai, je pousse avec un pied, sans pédaler, et je fais quelques mètres en roue libre, avec les oscillations du vélo et du guidon que vous avez tous connues, en de telles circonstances. Nouvelle tentative, plus affermie, suivie d'encore quelques unes. Rendu en cette étape, je passe le cran au-dessus et j'appuie sur les pédales. Première longueur (une vingtaine de mètres) un peu zigzagante, retour déjà moins aléatoire. Une poignée de "va et vient" plus tard, je savais faire du vélo. Et tout cela sans une seule chute, alors que je savais que c'est souvent le cas, quand on apprend avec quelqu'un qui tient la selle... Je vous rassure tout de suite, pour d'autres techniques, ce ne fut pas aussi facile, et j'en ai parfois bavé, pour y arriver...

Donc l'autoformation est possible, bien qu'elle fasse normalement perdre du temps (par rapport à une instruction par un tiers), et qu'elle puisse amener à prendre de mauvaises habitudes assez difficiles à perdre quand on a besoin de progresser dans les règles.

Revenons plus précisément à la formation en survie, qui me semble indissociable de la pratique (vous pouvez lire tous les livres possible sur le battage d'un mulet, mais tant que vous ne l'aurez pas fait avec un vrai mulet, vous ne serez pas opérationel en ce domaine). Entre la formation payante et essayer de se débrouiller tout seul, il y a également la place pour les formations mutuelles. On part à plusieurs, chacun maîtrisant un domaine, et l'on pratique l'ensemble toutes les compétences cumulées, chacun étant l'instructeur des autres, à tour de rôle.


En fin de compte, et si ce que j'ai rédigé tient la route, la nécessité d'un "vrai" (?!) stage de survie est moins indispensable que l'on pourrait le penser. Existe-il des domaines techniques de la survie qui ne peuvent pas être couverts dans le cadre de pratiques manuelles ou sportives plus classiques ? Je me pose la question. Par exemple, faire du feu avec les moyens du bord, c'était au menu de bien des sorties de scoutisme, dans les années 1950, déjà. Se nourrir sur le terrain ? Un stage de botanique vous en apprendra autant.


Zapata

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